Le âtre… (4)…

Le théâtre,
celui qui me réchauffe
des pieds à l’âme
le âtre
qu’est mon théâtre à moi

Il s’agit ici de suites aux prises de parole précédentes (celles qui se terminent par « et » ou « et que »…),
aucune n’est distribuée, c’est à chacun de jouer au puzzle d’un début et d’une suite


… et soudain s’approche et s’accroche à mes pensées une idée suspecte, que je n’aurais auparavant trouvée suspecte, et qui et que je sais que désormais je vais durer à longueur de journée, durer à longueur d’année tel que je suis là maintenant ici ainsi comme ça dans cet état-là


… et un petit carrousel en bois,
tout petit petiot carrousel en bois et cuir et cuivre tourne ici,
tourne d’un tourne tout doucement,
tourne et m’invite à venir m’y installer, et oh !
la jolie fête foraine que devient le monde dès lors, oh !
que le monde tourne rond maintenant, oh !
que le monde, tout le monde du monde,
sent bon la rose barbe-à-papa désormais, et oh !
le beau que voici, et oh ! la belle que voilà, et oh !
oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh !


… et on me salua poliment, et même, comment dirais-je ? tout le monde me salua profondément, extrêmement poliment et profondément, ceci fait on me donna la main, m’invita à faire quelques pas, quelques simples petits pas, puis tout le monde m’a souri poliment, et même extrêmement poliment et profondément, puis l’un d’entre-deux tous s’avança et m’expliqua simplement : si nous sourions c’est que la mort n’est pas triste, non, non, pas triste, la mort est un sourire, un sourire qui jamais ne meurt


… et là je me mets à souffrir du chaud,
je n’ai rien pris avec moi contre le soleil, ni ombrelle ni dentelles,
et ce chaud, ce chaud qui me fait souffrir,
vraiment, vraiment réellement il me fait souffrir,
et immédiatement j’ai la nostalgie des terres lointaines,
celles où l’ombre est évitée voire même redoutée,
où on l’évite afin de garder un peu de la chaleur
des petits soleils qui sont là-bas,
et immédiatement une de ces ombres se présente à moi,
et me voilà dans cette ombre
non pas ici redoutable mais ici souhaitable,
et voilà que le monde est accompli et voici que le monde
est complet,
d’ici je peux cueillir une orage ou pêcher une truite,
d’ici je peux si je le veux me servir du sucre
pour dompter des abeilles
ou offrir du tabac à des singes
qui sauront où aller le fumer tranquillement


… et aujourd’hui nous avons eu au petit-déjeuner un, non une, non non des, en fait si au petit-déjeuner nous avons eu une, comment ça s’appelle déjà ?


… et alors là immédiatement, illico promptement
je me demande à quoi sont destinées ses réponses
mises ici et là soit pêle-mêle en tas difformes,
soit bien agencées en pyramides ou cubes
ou sphères ou cercles,
et me voici à piocher dans les réponses,
oui, la beauté c’est quelque chose qui aide
à vivre autant qu’à mourir /
oui il existe des ponts
qui empêchent deux rives de réunir leurs désespoirs /
non, le vent n’agite pas les drapeaux blancs
c’est bien autre chose qui les anime /
oui, aujourd’hui on se tient en suspicion et
on a bien des raisons de le faire,
ainsi dis, cent réponses
que je lis avant de me rendre compte
que si elles sont là c’est qu’afin je me pose
enfin des questions


… et ici vents forts et poussières hautes, corps livré comme un bateau là où l’eau est haute et venimeuse


… et ici c’est une immensité, une immensité,
on voit quelques lueurs
de feux des voisins à des kilomètres, sont-ce des amis ?
sont-ce des ennemis? sont-ce des foudres ?
on ne va pas voir, on ne s’approche pas,
on n’a même pas l’idée de s’approcher,
à peine si on a encore le souvenir de l’idée de s’approcher
de la lueur d’un feu,
juste on ne bouge pas, pas bouger, bouger pas,
ni les jambes ni les bras ni l’esprit,
le plus terrible serait bien de bouger l’esprit
et de voir remonter quelques souvenirs,
quelques souvenirs qu’ils soient bons ou mauvais,
alors ne pas bouger, bouger pas


… et ici on apprend que mesdames et messieurs les pélicans n’aiment que le poisson, qu’ils détestent le coca cola et se passent très bien de la télé, et alors on décide de devenir madame ou monsieur pélican, et donc on est bien plus peinards, bien moins obnubilés à faire ceci ceci par ci par là, non, on n’a plus qu’un truc à faire se trouver du poisson et en manger


… et là dans le rez-de-chaussée du navire
il y avait un bar
et je ne vous dis que cela


… et de ma toute nouvelle et toute grande fenêtre j’aperçois des volcans éteints, des montagnes qui ne sont nullement insurmontables, nullement insupportables, sont aussi de noirs paysages et ce noir n’est pas de terne tristesse mais de luisante majesté, je peux voir aussi des gamins qui peuvent se cacher derrière de petits cailloux même que cela leur suffit amplement pour apprendre les choses de la nature qu’apprécient de se faire les femmes et les hommes, de ma fenêtre, ma toute nouvelle et toute grande fenêtre, je peux aussi entendre les deux simples saluts, celui de celui qui le donne, et celui de celui qui le donne en retour, simple, tout est simple et tranquille et posé devant ma fenêtre, derrière ma fenêtre et en moi


… et là immédiatement,
sans hésitation, sans tergiversation
et sans aucun remord j’ai dit
non merci


… et alors il est pour moi d’aucune importance que je sois dans une rue de Paris ou de Londres ou de Katmandou ou de New-York, cela n’a nullement et strictement aucune importance et je ne m’arrête pas à déchiffrer le nom des rues, celui des boutiques, non, ce qui présentement est important, capitalement important c’est que je retrouve la sortie par où je suis entré, c’est que je remette mes pas dans mes pas en sens inverse, c’est à dire que ce qui est présentement important et capital c’est que je fasse de l’entrée une sortie et un point c’est tout, c’est pas compliqué tout de même ? C’est compliqué ? C’est vraiment compliqué ? Vraiment vraiment pas simple du tout ? C’est ?.. Pardon, c’est ? Pardon, je vous est mal entendu, pardon, c’est impossible ? Carrément et fatalement impossible ?


… et d’emblée
on voit ici de nombreux animaux
rampants ou marchants ou volants ou sautillants
qui tiennent fines conversations
afin que le monde cesse d’être enfermé
dans un casque énorme,
cesse de se parler par la bouche des canons,
arrête d’ouvrir des boucheries
qui n’ont même plus pignons sur rue
tant il n’y a plus de rues,
tout ceci forme de belles assemblées bigarrées
où le ton de la conversation
est plus au chant soprano qu’au ténor


… et j’ai dit merde alors ! d’accord j’aurais pu dire mince alors ! ou zut alors ! ou waou ! mais la vérité vraie est que j’ai dit merde alors !


… et maintenant les hommes
en passant détournent les yeux de mon maillot de bain,
quelque-soit mon maillot de bain
ils détournent les yeux de mon maillot de bain,
Dieu, quelle horreur effrayante
que cette époque de la vie d’une femme
durant laquelle les hommes
ne regardent plus son maillot de bain,
ne la regardent plus,
Dieu, quelle misère que cette misère,
Dieu, pourquoi l’épilogue passe-t-il par cela,
par cette épreuve, ce chemin de croix ?
pourquoi cela ne cesse-t-il pas plus simplement
sans être obligé de passer par cette période :
les hommes qui me croisent
ne regardent plus mon maillot de bain
quelque-soit le maillot de bain ?


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