Penser la culture

« Penser la culture en termes de démocratie ne consiste pas à réduire les espaces et les temps où s’éprouvent le plaisir et la liberté à une offre spectaculaire de divertissements, ou à une distribution démagogique de valeurs sûres prônant l’accès de tous à une anthologie de « chefs-d’œuvre ». Penser la démocratie c’est partir de réalités fondatrices, à savoir que la connaissance et la création ont valeur universelle, que c’est dans ce partage et nulle part ailleurs que se joue l’égalité de tous. Il faut partir de la reconnaissance du droit et de la capacité de chacun, sans distinction, à faire usage de sa sensibilité et de son intelligence. Penser la culture, c’est définir le citoyen, c’est le construire comme sujet de son désir et comme cause de son action. La culture est une éthique qui transforme les relations de voisinage et fait vivre l’altérité dans le plaisir comme dans les conflits (…) Chacun, là où il est, est en charge de cette politique du voisinage où se règlent à chaque instant l’écart et la proximité, le lien et la déliaison, la concorde et la lutte ».

Marie José Mondzain [1]

[1] : « Et ça va chercher dans les combien tout ça ? » in L’appel des appels, Mille et une nuits, Paris, 2009.

Les Arts Mitoyens…

Une expérience esthétique et politique
pour questionner nos visions des voisins.

L’objet mitoyen est paradoxal. Il a deux propriétés : c’est un objet que nous possédons en commun et qui a pour  fonction de nous séparer. Nous sommes co-responsables de son entretien, et il est toujours possible, par consentement mutuel, de le transformer et d’en jouer comme support d’échanges (de signes, de paroles et de services). Ce qui nous sépare (mur, clôture, haie, fossé…) peut donc nous relier, à condition de savoir y faire avec le désir d’avoir quelque chose à faire ensemble.

Dans les villes et campagnes, où sont les objets mitoyens ? Lisières et seuils en tous genres tiennent lieu à la fois de frontières et de passages entre l’ici et l’ailleurs, l’intime et le public, l’art et le politique…

À travers ces objets s’échangent, se changent nos visions des voisins. Là est le terrain d’aventure des arts mitoyens.

Les mots…

Voisin
Notre prochain, ce n’est pas notre voisin, c’est le voisin du voisin.
FRIEDRICH NIETZSCHE

Politique
Un art critique est un art qui sait que son effet politique passe par la distance esthétique.
JACQUES RANCIÈRE

Société
Vivre ensemble et mettre en commun discussions et pensées : c’est en ce sens-là, semble-t-il, qu’on doit parler de vie en société quand il s’agit des hommes, et il n’en est pas pour eux comme pour les bestiaux où elle consiste à paître dans le même lieu.
ARISTOTE

Citoyen
Qu’est-ce qu’un citoyen qui doit faire la preuve, à chaque instant de sa citoyenneté ?
PIERRE BOURDIEU

Poétiquer
Deux enfants se regardaient de part et d’autre des barbelés. Ils se demandaient comment ils allaient jouer à la marelle. Ils décidèrent de jouer au volley.
ANONYME

Territoire
En art, point de frontière.
VICTOR HUGO

Relation
Le progrès humain ne peut pas se comprendre sans admettre qu’il existe un côté dynamique de l’identité, celui de la « Relation ». Là où le côté mur de l’identité renferme, le côté relation ouvre tout autant, et si, dès l’origine, ce côté s’est accordé aux différences comme aux opacités, cela n’a jamais été sur des bases humanistes ni d’après le dispositif d’une morale religieuse laïcisée. C’était simplement une affaire de survie : ceux qui duraient le mieux, qui se reproduisaient le mieux, avaient su pratiquer ce contact avec l’autre, compenser le mur par la rencontre du donner-recevoir, s’alimenter sans cesse ainsi : « à cet échange où l’on se change sans pour autant se perdre ni se dénaturer ». C’était donc aussi une occasion de poésie, là où l’être-dans-le-monde grandit l’être-en-soi. La beauté est inséparable du mouvement des humanités, de leur quête infatigable.
ÉDOUARD GLISSANT, PATRICK CHAMOISEAU

Intimer
Les optimistes pensent que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, les pessimistes en sont intimement persuadés.
PIERRE DESPROGES

Mitoyen
Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes.
HENRI BERGSON

Frontière
L’autre côté ! Par delà toute image il existe un pays aux limites imprécises où l’étendue s’étire de façon différente. La plus légère des barrières entourant un jardin donne envie d’explorer l’être sûrement nouveau que je serai, marchant de l’autre côté.
JEAN-LOUP TRASSARD

Les verbes…

Traverser
Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les villes et les rues.
FRANCIS PICABIA

Déplacer
On pourrait, si l’on veut, figurer géométriquement ce mouvement par une ligne irrégulière accompagnant une droite dont tantôt elle se rapproche, tantôt elle s’écarte : nous n’avons plus seulement une direction, mais un rapport, quelque chose qui, à côté de la direction abstraite et nécessaire, surmonte ou épouse l’obstacle par le détour…
LOUIS-RENÉ DES FORÊTS

Questionner
La réponse est le malheur de la question.
MAURICE BLANCHOT

Regarder
Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé.
RENÉ CHAR

Créer
Les rêves ont été crées pour qu’on ne s’ennuie pas pendant le sommeil.
PIERRE DAC

Mélanger
Pour apprendre quelque chose aux gens, il faut mélanger ce qu’ils connaissent avec ce qu’ils ignorent.
PABLO PICASSO

Rencontrer
J’ai rencontré Isocèle. Il a une idée pour un nouveau triangle.
WOODY ALLEN

Habiter
La poésie est ce qui enracine l’acte d’habiter entre ciel et terre, sous le ciel mais sur la terre, dans la puissance de la parole.
MARTIN HEIDEGGER

Écouter
Réfléchir, c’est-à-dire écouter plus fort.
SAMUEL BECKETT

Échanger
Que gagne-t-on à échanger ?
SUJET DU BAC PHILO – 2009